Un Extrait
J’ai finit Fahrenheit 451 il y a un mois. Dedans, j’ai trouvé une page qui était étonnant. Chacun a son thème : une façon d’organiser le monde, ses actions. Voilà le mien :
—Écoutez », dit Granger, et il le prit par le bras, écartant les branches de sa main libre pour le laisser passer. « Je n’étais encore qu’un gamin quand mon grand-père est mort. Il était sculpteur. C’était aussi un très brave homme qui avait une masse d’amour à donner au monde. Il a contribué à supprimer les taudis dans notre ville ; il nous fabriquait des jouets, et il a fait un million de choses au cours de son existence ; ses mains étaient toujours occupées. Et quand il est mort, je me suis aperçu que ce n’était pas lui que je pleurais, mais les choses qu’il faisait. J’ai pleuré parce qu’il ne les referait jamais ; jamais plus il ne sculpterait de morceaux de bois, ni ne nous aiderait à élever des tourterelles et des pigeons dans l’arrière-cour, ni nous raconterait des blagues. Il faisait partie de nous, et quand il est mort, tout ça est mort avec lui sans qu’il y ait personne pour le remplacer. C’était un être à part. Un homme important. Je ne me suis jamais remis de sa mort. Souvent je me dis : Quelle merveilleuses sculptures n’ont jamais vu le jour parce qu’il est mort ! De combien de bonnes blagues le monde est privé, et combien de pigeons voyageurs ne connaîtront jamais le contact de ses mains ! Il façonnait le monde. Il le modifiait. Le monde a été refait de dix millions de belles actions la nuit où il est mort. »